La méthodologie AVEC : un levier de résilience économique et sociale au cœur de la biosphère de Macaya, en Haïti.

Deux ans après le lancement du projet « Renforcement de la résilience des écosystèmes et des communautés menacées par le changement climatique dans la réserve de biosphère de Macaya » en Haïti, l’impact de la méthodologie intitulée « Association Villageoise d’Épargne et de Crédit » (AVEC) se confirme dans les communes de Tiburon, Les Irois et Moron. Les AVEC constituent l’une des composantes clés de ce projet, plus couramment désigné sous le nom de Climat II, mis en œuvre par l’Arbeiter-Samariter-Bund (ASB) et ses partenaires dans le Sud d’Haïti.

 

Au marché animé de Tiburon, Arnotte Souverain veille sur son étal. Il y a encore deux ans, cette commerçante peinait à maintenir un stock suffisant pour nourrir sa famille. Son quotidien a changé en octobre 2023, lorsqu’elle a rejoint le premier groupe AVEC créé dans le cadre du projet Climat II. Aujourd’hui, elle n’est plus seule : plus de 2 400 habitants des trois communes cibles du projet participent eux aussi à cette dynamique d’épargne communautaire qui redonne espoir et ouvre des perspectives économiques durables.

 

En seulement 18 mois :

  • 100 groupes se sont constitués,
  • 2 407 membres y participent, dont deux tiers de femmes,
  • 22,6 millions de gourdes ont été épargnés,
  • 2 485 prêts pour un montant global de 20,6 millions de gourdes ont déjà été octroyés.

 

Des chiffres qui traduisent la vitalité économique générée par le modèle AVEC offrant des alternatives viables aux populations rurales souvent exclues des services financiers formels.

 

Un modèle d’inclusion financière au service des communautés

Les AVEC constituent des structures communautaires simples, sûres et accessibles pour épargner, emprunter et investir. Chaque groupe, formé de 20 à 30 personnes, établit ses règles internes de manière participative, assurant la transparence et l’équité. Les épargnes hebdomadaires ou mensuelles s’accumulent dans une caisse sécurisée, permettant d’accorder des crédits à court terme, à des taux justes, au bénéfice de tous les membres.

 

Agents de terrain en formation sur la méthodologie AVEC dans le cadre du projet.

Dans le cadre du projet Climat II, 22 agents de terrain ont été formés dès juillet 2023. Grâce à eux, les communautés bénéficient non

seulement d’outils matériels (carnets, coffres sécurisés), mais aussi d’un encadrement méthodologique qui garantit le respect des principes AVEC.

 

Ce modèle d’inclusion financière prend une importance particulière autour du Parc National Naturel de Grand Bois, l’un des parcs de la biosphère de Macaya, où les communautés sont confrontées à une précarité économique qui les poussent à surutiliser les ressources naturelles du parc et des zones tampons pour assurer leur survie. Les AVEC offrent une voie de résilience en diversifiant les moyens de subsistance et en réduisant la dépendance aux ressources naturelles menacées du parc.

 

Quand l’accès au crédit transforme des vies

Les chiffres racontent le succès collectif, mais ce sont les histoires individuelles qui illustrent pleinement l’impact. Deux parcours marquants témoignent du potentiel transformateur des AVEC dans le Sud d’Haïti.

Arnotte Souverain : de petits stocks à une stabilité commerciale.

La commerçante Arnotte Souverain au marché de Tiburon.

Âgée de 45 ans, mère de cinq enfants et commerçante à Tiburon, Madame Souverain vivait auparavant avec des moyens limités, incapable de diversifier ses produits sur le marché. L’adhésion à son groupe AVEC a marqué un tournant décisif. Après un premier prêt de 40 000 gourdes, elle a renforcé ses achats de marchandises aux Cayes. Deux autres crédits successifs (50 000 puis 35 000 gourdes) lui ont permis de stabiliser son commerce, maintenir un stock constant et faire face même aux retards de paiement de ses clients.
Au-delà de son activité, les bénéfices touchent sa famille élargie : en période d’insécurité à Tiburon, elle a pu héberger et nourrir des proches déplacés par la violence des groupes armés. Son message est clair : « Je demande à ceux qui soutiennent cette initiative de continuer à l’encourager, à la renforcer et à la multiplier. C’est un projet très utile pour notre communauté. »

Désiré Clérissier : rebondir après avoir tout perdu.

À 26 ans, ce jeune commerçant de Tiburon a vu ses espoirs brisés lorsqu’il a perdu plus de 150 000 gourdes de marchandises lors d’un braquage armé. Sans le soutien de son groupe AVEC, il aurait sans doute abandonné son activité. Son premier prêt, 40 000 gourdes, a changé la donne : il a relancé son commerce à travers la vente de gazoline et la commercialisation de produits agricoles au marché des Cayes. Aujourd’hui, Désiré subvient aux besoins de sa fiancée et de leur bébé, inspire d’autres jeunes à rejoindre les AVEC et illustre la force de la résilience communautaire.

Désiré Clérissier avec sa marchandise.

Témoignages du terrain : confiance et solidarité retrouvées

Le groupe « Combattant », dans la commune de Moron, illustre cette réussite. Après une première année d’activités, ses 23 membres ont épargné près de 200 000 gourdes. Pour son président, Estiphil Joel, directeur d’école et pasteur, les apports matériels (caisse, carnets, kit de suivi) et les formations expliquent le succès : « Les outils fournis et les visites régulières des représentants du projet ont renforcé la confiance et stimulé la participation. »

Le groupe « Combattant » à Moron en réunion pour marquer la fin de sa première année d’activités.

Pour Enouse Belfort, commerçante et mère de huit enfants, l’accès à des crédits à faible coût est un soulagement majeur : « Grâce aux prêts, j’ai financé la rentrée scolaire sans déplacements coûteux vers Jérémie, où les taux d’intérêt bancaires sont bien plus élevés ».

Enfin, Jean Rigal Glaude, enseignant et secrétaire du groupe, insiste sur la valeur éducative et multiplicatrice des AVEC : « Contrairement à la banque, mon argent grandit grâce aux intérêts collectifs. C’est une initiative qui doit être promue dans nos communautés. »

Ces témoignages soulignent une tendance forte : les premiers groupes suscitent la création de nouveaux collectifs dans les localités voisines, dynamisant la réplication et l’extension spontanée de l’initiative.

Au-delà des AVEC : une vision intégrée de la résilience

L’initiative des AVEC a joué un rôle clé dans l’accompagnement des communautés vivant autour de la réserve de biosphère de Macaya, dans le Sud du pays. Toutefois, les AVEC ne constituent qu’un pilier d’une stratégie plus large portée par le projet Climat II, financé par le Ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) et mis en œuvre par ASB en partenariat avec le Haiti National Trust (HNT) et la Fédération des Organisations de Développement de Tiburon (FeODTi).

Ce projet agit sur plusieurs autres fronts : le renforcement de la gouvernance du Parc National Naturel de Grand Bois, l’un des parcs de la biosphère de Macaya ; la réhabilitation écologique à travers le reboisement et la restauration d’écosystèmes ; le développement de chaînes de valeur durables telles que l’apiculture ; ainsi que le renforcement institutionnel des partenaires locaux. Ces actions convergent vers un même objectif : réduire la dépendance des ménages aux forêts menacées, tout en favorisant des moyens de subsistance alternatifs qui associent protection de l’environnement et sécurité économique.

La durabilité de ces acquis repose sur trois fondements : l’autonomie communautaire dans la gestion, l’adaptabilité aux besoins spécifiques des populations et la réplicabilité des modèles qui réussissent. En conjuguant inclusion financière, alternatives durables et gouvernance écologique, le projet Climat II démontre qu’un avenir plus sûr et plus autonome est possible pour les familles du Sud d’Haïti ; un avenir où la résilience des communautés et la protection des écosystèmes avancent de pair.

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