Raymond Jean René, un appui reçu à un moment critique après son déplacement forcé

À 65 ans, Raymond Jean René tente aujourd’hui de reconstruire sa vie à Port-Salut après avoir quitté Port-au-Prince dans un contexte marqué par l’insécurité et l’effondrement progressif de ses activités économiques. Père de six enfants, cinq filles et un garçon, il vivait auparavant dans la capitale où il travaillait comme kanbiz (agent de change).

Pendant plusieurs années, cette activité lui avait permis d’assurer les besoins de sa famille, de payer la scolarité de ses enfants et de maintenir une certaine stabilité économique.

« M t ap travay trè byen kòm kanbiz. Mwen te konn chanje dola, aktivite yo t ap mache trè byen… Lekòl timoun yo pa t konn difisil pou peye. »
(Je travaillais très bien comme agent de change. Je faisais du change de dollars, Les activités fonctionnaient très bien. Il n’était pas difficile pour moi de payer l’école des enfants.)

En parallèle de ses activités commerciales, Raymond était également impliqué dans l’organisation d’activités culturelles dans sa commune natale de Port-Salut, où il participait à la promotion de groupes et d’artistes haïtiens.

Une vie bouleversée par l’insécurité

Mais avec la dégradation de la situation sécuritaire à Port-au-Prince, sa vie a progressivement basculé. Les violences des groupes armés ont détruit les conditions qui lui permettaient de travailler et de soutenir sa famille.

« Bandi se detwi sa w genyen w ap fè. Kèlkeswa sa w ap fè, se pou yo benefisye ladan l. Epi mete w a zewo. »
(Les groupes armés détruisent tout ce que vous possédez. Peu importe ce que vous faites, ils veulent en profiter, puis ils vous ramènent à zéro.)

Face à cette situation, Raymond Jean René a finalement quitté Port-au-Prince pour retourner à Port-Salut. Il décrit ce départ comme une fuite, effectuée dans des conditions extrêmement difficiles.

« Mwen soti Pòtoprens, bandi mete m deyò, mwen vin isit. Mwen vin konsa, se kòmsi mwen sove. »
(J’ai quitté Port-au-Prince parce que les bandits m’ont forcé à partir. Je suis arrivé ici comme quelqu’un qui s’est sauvé.)

Même son retour vers sa communauté d’origine s’est fait sans ressources.

« Menm pou m antre Port-Salut, se CASEC la ki te ede peye transpò a pou mwen. Mwen pa t menm gen senk goud nan pòch mwen. »
(Même pour rentrer à Port-Salut, c’est le CASEC qui a aidé à payer mon transport. Je n’avais même pas cinq gourdes dans ma poche.)

Continuer à soutenir ses enfants malgré les difficultés

Après son retour à Port-Salut, Raymond s’est retrouvé sans activité stable et dépendant partiellement de sa famille pour survivre. Malgré son âge, il reste cependant le principal soutien de ses enfants, dont plusieurs vivent encore à Port-au-Prince.

« Lè se papa ou ye, ou toujou ap panse ak timoun yo. »
(Quand on est père, on pense toujours à ses enfants.)

Il explique que les difficultés économiques rendaient certaines dépenses essentielles impossibles à couvrir, notamment les frais scolaires.

« Menm kòb fèy egzamen timoun yo mwen pa t kapab peye. Timoun yo t ap rele m, yo bezwen fèy pou yo ka konpoze. »
(Je ne pouvais même pas payer les frais des feuilles d’examen. Les enfants m’appelaient parce qu’ils avaient besoin de ces frais pour passer leurs examens.)

Pour survivre, il tente aujourd’hui de pratiquer de petites activités agricoles, notamment la culture du vétiver, sans pour autant retrouver la stabilité qu’il connaissait auparavant.

« Pafwa mwen rete lakay, mwen chèche yon bagay pou m plante. Mwen plante vétiver sitou… men sa pa yon aktivite ki estab ase pou viv. »
(Parfois je reste à la maison et je cherche quelque chose à planter. Je cultive surtout du vétiver… mais ce n’est pas une activité suffisamment stable pour vivre.)

Une assistance reçue dans une période critique

Dans ce contexte, Raymond Jean René a bénéficié d’une assistance financière dans le cadre du projet de réponse d’urgence mis en œuvre par ASB dans les départements du Sud et de la Grand’Anse après le passage de l’ouragan Melissa.

Le projet combinait plusieurs formes d’assistance, notamment des distributions de kits alimentaires et hygiéniques, des transferts monétaires, des activités de traitement d’eau et des actions de sensibilisation communautaire.

Pour Raymond, cette aide est arrivée à un moment particulièrement critique, alors qu’il ne disposait plus des ressources nécessaires pour répondre aux besoins prioritaires de ses enfants.

« Timoun yo te bezwen ale nan egzamen, epi se te sèlman 2000 goud ki te bloke yo. Lè kòb la rive, mwen te kapab voye yo al konpoze. »
(Les enfants devaient aller aux examens, et il ne manquait que 2000 gourdes. Lorsque l’argent est arrivé, j’ai pu les envoyer composer.)

L’assistance a permis de soulager temporairement la pression économique pesant sur le ménage.

« Apre Bondye, se ASB ki fè timoun yo pran yon souf. »
(Après Dieu, c’est ASB qui a permis aux enfants de respirer un peu.)

Raymond souligne également la rapidité avec laquelle cette aide a été utilisée pour répondre aux besoins urgents de sa famille.

« Kòb ASB la rive nan men gòch, li soti nan men dwat. Men sèvis li te dwe rann lan, li rann li. »
(L’argent d’ASB est arrivé dans la main gauche et reparti par la main droite. Mais il a rendu le service qu’il devait rendre.)

Garder l’espoir malgré les incertitudes

Aujourd’hui encore, Raymond Jean René reste confronté à de nombreuses difficultés. Entre la perte de ses activités, les conséquences de l’insécurité et la fragilité des opportunités économiques locales, il tente progressivement de reconstruire sa vie tout en continuant à soutenir ses enfants.

Malgré tout, il garde l’espoir de retrouver un jour une certaine stabilité.

« Nou espere yon jou lavi a ap chanje pou nou. »
(Nous espérons qu’un jour la vie changera pour nous.)

À travers le parcours de Raymond Jean René, cette intervention met en évidence les effets cumulés des crises sécuritaires, économiques et climatiques sur les familles haïtiennes. Elle rappelle également l’importance d’une assistance rapide et ciblée pour soutenir les ménages les plus vulnérables dans des périodes de forte instabilité, tout en soulignant les défis persistants liés au relèvement durable des moyens de subsistance.

 

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