À Trouillard, dans la première section communale de Camp-Perrin, le groupe Excellent est une association villageoise d’épargne et de crédit (AVEC), une forme d’épargne et de crédit collectif administrée par ses membres. Il réunit 19 personnes, dont 16 femmes et 3 hommes. Depuis février 2026, elles se retrouvent chaque semaine pour cotiser, examiner les demandes de crédit et suivre les décisions prises pour leur caisse commune.
Nerette Genese préside le groupe. Également deuxième membre du CASEC de la section, elle souligne l’importance que prend cette caisse dans la manière dont les membres organisent leurs activités et prennent leurs décisions.
À ses côtés, Francia Osné, 33 ans et mère de deux enfants, partage son temps entre le commerce et l’agriculture, deux activités essentielles à la vie de son foyer.
« Se komès avèk agrikilti k ap ede nou siviv. […] Nou plante pou fanmi nou ka konsome, epi tou sa nou fè, nou pa kapab konsome tout. »
(Le commerce et l’agriculture nous aident à survivre. Nous cultivons pour que notre famille puisse consommer, mais nous ne pouvons pas tout consommer.)
Le groupe est créé et accompagné dans le cadre du projet intitulé « projet de sécurité alimentaire par le transfert de bons alimentaires, la création de jardins familiaux et communautaires et l’inclusion financière à Camp-Perrin et Jérémie, Haïti », mis en œuvre par l’Arbeiter-Samariter-Bund (ASB) avec le soutien d’Aktion Deutschland Hilft (ADH). Les formations et le suivi reçus aident les membres à faire de cette caisse commune un outil de décision, d’épargne et de crédit.
Décider et cotiser ensemble
Avant de rejoindre l’AVEC, plusieurs membres connaissaient déjà les pratiques de mutuelle. Pour Nerette Genese, la différence tient au fait que les membres des AVEC fixent eux-mêmes leurs règles de contribution et prennent les décisions liées à leur fonds commun.
« Men avèk AVEK la, se nou menm ki konn fon nou, ki pran desizyon, […] nou kapab kotize tou sa nou genyen. »
(Mais, avec l’AVEC, c’est nous qui connaissons notre fonds et qui prenons les décisions. Nous pouvons cotiser selon ce que nous avons.)
Les formations reçues portent sur la méthodologie AVEC, l’éducation financière, le leadership, le genre, les élections, les rôles des comités, ainsi que les règlements de la caisse et du groupe. Elles donnent aux membres des repères pour organiser les réunions, répartir les responsabilités et suivre les engagements de chacun.
La caisse ne repose donc pas uniquement sur l’argent qui y circule. Elle s’appuie aussi sur la confiance, sur les règles collectives et sur la participation régulière des membres. C’est ce cadre qui permet au groupe de discuter des crédits, de suivre les remboursements et de faire vivre son fonds dans la durée.
Le crédit pour faire avancer les commerces et les jardins
Les premiers crédits ont été accordés en mars 2026. Au 26 août, 17 des 19 membres du groupe en avaient déjà bénéficié. Le total des crédits accordés s’élevait à 427 200 gourdes et 223 327 gourdes de remboursements avaient été enregistrées.
Les crédits sont accordés à un taux de 5 % et servent principalement à développer de petits commerces et à améliorer les jardins. Le groupe dispose également d’un fonds de solidarité, distinct des crédits individuels. Cette réserve collective peut être mobilisée, selon les règles établies par les membres, lorsqu’une difficulté appelle un geste de solidarité.
Pour Nerette Genese, l’utilité du crédit apparaît d’abord dans son commerce de provisions alimentaires. Lorsqu’elle n’avait pas assez de liquidités, elle devait acheter ses marchandises à crédit chez son fournisseur, à un prix plus élevé.
« Lè m al achte, lè kòb mwen pa kont, magazen an vann mwen kredi. Men lè li vann mwen kredi, lè bagay la ap vann 2 000 goud, li fè m peye l 2 100 goud, paske m achte a kredi. […] Kounye a, pandan m nan AVEK, mwen fè prè nan AVEK, mwen gen lajan kontan. […] Mwen achte a bon pri, paske mwen pa achte a kredi ankò. »
(Quand je vais acheter et que je n’ai pas l’argent comptant, le magasin me vend à crédit. Mais lorsqu’un article coûte 2 000 gourdes, il me le fait payer 2 100 gourdes parce que j’achète à crédit. Maintenant que je suis dans l’AVEC, je fais un prêt et j’ai de l’argent comptant. J’achète au bon prix, parce que je n’achète plus à crédit.)
Le prêt lui permet ainsi d’acheter comptant et de ne plus supporter le surcoût imposé par l’achat à crédit. La différence reste alors dans son activité plutôt que de s’ajouter au prix des marchandises.
Francia Osné décrit un changement comparable dans ses propres activités. Elle avait déjà une expérience de mutuelle, mais a rejoint Excellent après les formations reçues au démarrage du groupe. Elle y voit une possibilité d’élargir progressivement son commerce et son activité agricole.
« Avèk li, mwen kapab pran yon ekstansyon, mwen avanse plis. E li ede m tou fè plis ekonomi. »
(Grâce à l’AVEC, je peux étendre mes activités et avancer davantage. Elle m’aide aussi à faire plus d’économies.)
Préparer la suite avec plus d’autonomie
L’autonomie du groupe Excellent se construit progressivement. Pendant la durée du projet, un agent continue à suivre le groupe, avec des visites environ tous les huit jours. Cet accompagnement renforce la maîtrise des règles et la gestion collective, sans prendre les décisions à la place des membres.
Après le projet, le groupe devra poursuivre son fonctionnement de manière indépendante. En cas de besoin, ses membres pourront consulter un prestataire de services privé, ou PSP. Les agents qui accompagnent les groupes ont eux aussi été certifiés PSP afin de pouvoir apporter ce type de service.
Pour Nerette Genese, l’ambition d’Excellent dépasse la seule continuité de sa caisse. Elle souhaite que le groupe puisse consolider son organisation et devenir, à son tour, une ressource pour d’autres personnes de la communauté.
« Sa m ta swete, se […] pou nou vin yon òganizasyon […] pou nou kapab ede lòt moun tou, ankadre lòt moun ki nan bezwen. »
(Ce que je souhaiterais, c’est que nous devenions une organisation capable d’aider et d’accompagner d’autres personnes dans le besoin.)
Les membres gardent également en vue les besoins plus larges de leur localité. Francia Osné cite l’accès à l’eau potable, l’éclairage et l’amélioration des routes parmi les priorités de Trouillard.
« Nou gen dlo, men li pa potab: dlo klè pa vle di dlo pwòp. »
(Nous avons de l’eau, mais elle n’est pas potable : une eau claire ne veut pas forcément dire une eau propre.)
Le groupe Excellent ne peut pas résoudre seul ces défis. Il donne toutefois à ses membres un cadre pour épargner selon leurs moyens, accéder au crédit, renforcer leurs activités et prendre ensemble des décisions qui préparent la suite.