À Rolin, dans la commune de Camp-Perrin, Mirline François, 30 ans, partage son temps entre la culture et le petit commerce. Elle vend ce qu’elle produit dans ses champs, notamment des poireaux, des feuilles, des oignons, des pois et des fèves.
Son histoire avec l’élevage caprin n’a pourtant pas commencé avec le projet. Avant de recevoir une chèvre reproductrice dans le cadre du « projet de sécurité alimentaire, de moyens de subsistance et d’accès à l’eau mis en œuvre par ASB à Camp-Perrin et Jérémie », elle avait déjà tenté d’élever des chèvres. Mais ses premières expériences n’avaient pas abouti.
Mwen te konn fè (elvaj kabrit), men malerezman mwen pa t konn reyisi yo… Oparavan m te konn genyen yo te konn mouri, pou kounye a, yon sèl la m genyen.
(J’en faisais déjà, mais malheureusement je n’arrivais pas à réussir… Avant, les chèvres que j’avais mouraient. Aujourd’hui, celle que j’ai est la seule que j’ai.)
Le changement ne tient donc pas seulement à la réception d’un nouvel animal. Pour Mirline, c’est surtout la formation reçue avec cet appui qui lui a permis de changer sa manière de faire.
Apprendre les soins qui faisaient défaut auparavant
Dans la composante d’élevage caprin de ce projet financé par l’Aktion Deutschland Hilft (ADH) et mis en œuvre par l’Arbeiter-Samariter-Bund (ASB), 150 jeunes de Camp-Perrin et de Jérémie ont reçu une chèvre reproductrice. L’accompagnement ne s’est toutefois pas limité à la remise d’un animal. La formation a permis aux bénéficiaires d’apprendre à mieux nourrir les chèvres, les protéger du soleil et de la pluie, surveiller leur état de santé et recourir aux soins vétérinaires lorsque cela est nécessaire.
Pour Mirline, cette transmission de connaissances a donné un sens nouveau à son activité. Elle a compris que l’élevage ne repose pas uniquement sur le fait d’avoir une chèvre, mais sur la capacité à prendre soin d’elle chaque jour.
Nan lè mwen te ale nan fòmasyon an, yo te di m kòman pou m fè, kòman pou m jere bèt la, ba li veterinè lè li bezwen, ba li manje, pa kite l kote pou pran twòp solèy, pwoteje l kont lapli tou.
(Quand je suis allée à la formation, ils m’ont expliqué comment faire, comment gérer l’animal, lui donner des soins vétérinaires lorsqu’il en a besoin, le nourrir, ne pas le laisser trop longtemps au soleil et le protéger de la pluie.)
Cette formation lui permet aujourd’hui de mieux comprendre ce qui faisait défaut auparavant. Avant, elle ne donnait pas les soins nécessaires au bon moment, ne maîtrisait pas le recours au vétérinaire et ne connaissait pas encore toutes les pratiques qu’elle applique désormais.
Avan, mwen pa t konn pran swen yo a lè, a tan, mwen pa t konn ba yo veterinè…, mwen mare l, m antre l, mwen pat konn fè tout esperyans m ap fè la avèk yo.
(Avant, je ne savais pas en prendre soin au bon moment et je ne savais pas leur donner de soins vétérinaires… Je l’attache, je la rentre, mais je ne connaissais pas encore toutes les pratiques que j’applique aujourd’hui.)
Ce changement est devenu visible en quelques mois. Sept mois après avoir reçu sa chèvre, Mirline constate que l’animal a mis bas, que le chevreau grandit et que la mère progresse elle aussi.
Mwen jwenn anpil rezilta paske kabrit la fè pitit, e pitit la gentan grandi, e manman tou ap avanse.
(J’obtiens beaucoup de résultats parce que la chèvre a eu un petit, le petit a déjà grandi et la mère progresse elle aussi.)
Un premier résultat qui ouvre de nouvelles perspectives
Ce premier résultat confirme pour Mirline qu’elle peut construire un élevage sur de meilleures bases. Son ambition reste progressive : continuer à élever, garder le chevreau femelle pour qu’il grandisse et se reproduise à son tour, puis acheter d’autres bêtes lorsqu’elle en aura les moyens.
M ap kontinye fè elvaj… Wi, m prevwa achte lòt bèt.
(Je vais continuer à faire de l’élevage. Oui, je prévois d’acheter d’autres bêtes.)
Entre agriculture, commerce et élevage, elle cherche ainsi à renforcer progressivement ses moyens de subsistance. Elle résume l’apport du projet en parlant autant de savoir-faire que de soutien matériel. Elle souhaite enfin que d’autres jeunes de sa communauté puissent bénéficier d’une opportunité semblable.
Yo aprann mwen fè ekonomi, yap aprann mwen grandi… Pou yo kontinye avèl, pou lòt jèn ka jwenn, pou yo ka ede yo demen si Dye vle.
(Ils m’apprennent à économiser, ils m’apprennent à grandir. Qu’ils continuent, afin que d’autres jeunes puissent en bénéficier et être aidés demain, si Dieu le veut.)
À travers le parcours de Mirline François, cette intervention montre qu’un actif productif prend toute sa force lorsqu’il s’accompagne de formation. La chèvre reçue est le début de son projet, mais les pratiques qu’elle a apprises lui donnent aujourd’hui la possibilité de le faire grandir avec plus de confiance et de continuité.