À la suite du passage de l’ouragan Melissa en octobre 2025, le Sud et la Grand’Anse ont été durement frappés. Inondations, habitations endommagées, infrastructures perturbées, en quelques heures, les conditions de vie de milliers de familles ont basculé. Dans les communes de Port-Salut, Camp-Perrin et Jérémie, l’accès à l’eau potable, à la nourriture et aux ressources de base s’est brusquement interrompu.
Dans ce contexte, l’Arbeiter-Samariter-Bund (ASB) a mis en œuvre un projet de six mois, intitulé « Intervention d’urgence suite à l’ouragan Melissa », pour répondre aux besoins les plus urgents, réduire les risques sanitaires et soutenir les premières étapes du relèvement des ménages touchés.
Financé par ASB et Aktion Deutschland Hilft (ADH), cette intervention urgente a permis d’apporter une assistance directe à plusieurs milliers de personnes, en dépit des contraintes logistiques importantes et des infrastructures fragilisées.
Une réponse adaptée à des besoins immédiats et multiples
Dans les jours suivant la catastrophe, les effets se sont rapidement accumulés. L’accès à l’eau potable est devenu limité, augmentant les risques de maladies hydriques. Les réserves alimentaires ont été perdues ou rendues inaccessibles. Les conditions d’hygiène se sont dégradées dans les zones de déplacement.
Face à cette situation, l’intervention a été conçue pour agir simultanément sur plusieurs besoins essentiels. Elle s’est articulée autour de quatre axes complémentaires :
- L’accès à l’eau potable,
- L’assistance alimentaire d’urgence,
- Le soutien à l’hygiène et à la dignité, et
- L’assistance financière aux ménages les plus vulnérables, complétés par des actions de sensibilisation à la gestion des risques.
- Accès à l’eau potable: une priorité vitale

Des infrastructures hydrauliques ont été fortement endommagées dans plusieurs communes par l’ouragan. À Camp-Perrin, des sections du réseau de distribution ont été emportées par les eaux, interrompant l’approvisionnement en eau potable et plongeant une partie de la population dans une situation de besoin critique. Dans certaines localités Port-Salut, les ménages ont été contraints de consommer de l’eau de puits non traitée, augmentant les risques de maladies hydriques.
Face à cette situation, ASB a mis en place un dispositif de traitement et de distribution d’eau à l’aide de systèmes de filtration SkyHydrant, afin de garantir un accès immédiat à une eau sûre dans les zones les plus affectées.
Au total, près de 100 000 litres d’eau potable ont été traités et distribués, permettant à plus de 4 000 personnes d’accéder à une eau potable. Cette intervention a contribué à limiter les risques sanitaires dans un contexte où les alternatives disponibles étaient insuffisantes ou non sûres.
Au-delà des volumes distribués, l’action a permis de répondre à une rupture immédiate de service, en assurant un accès temporaire à l’eau potable dans l’attente de la réhabilitation des infrastructures locales.
- Assistance alimentaire : répondre aux besoins immédiats
Dans plusieurs localités, des agriculteurs ont vu leurs cultures de maïs, de pois et d’ignames détruites, tandis que des pêcheurs ont perdu leurs embarcations et que des commerçants ont vu leurs marchandises emportées ou détériorées. La destruction partielle ou totale des habitations a également entraîné des déplacements, exposant davantage les ménages à l’insécurité alimentaire.
Dans ce contexte, de nombreuses familles se sont retrouvées sans ressources ni réserves alimentaires dans les jours suivant la catastrophe. Comme le souligne un agriculteur de Camp-Perrin, « tout ce que j’avais pour vivre est parti », illustrant l’ampleur des pertes subies par les ménages dépendants de l’agriculture et des activités informelles.
Pour répondre à ces besoins immédiats, ASB a distribué 300 kits alimentaires à des ménages affectés et déplacés dans les zones ciblées. Cette assistance a permis de couvrir les besoins nutritionnels de base durant la période suivant l’ouragan.
Une attention particulière a été accordée aux ménages les plus vulnérables, notamment les foyers dirigés par des femmes, les familles avec enfants et les personnes âgées, dont la capacité d’adaptation face au choc était particulièrement réduite.
- Hygiène et dignité : prévenir les risques sanitaires
À la suite de l’ouragan Melissa, de nombreux ménages ont été contraints de se réfugier dans des abris temporaires ou des habitations partiellement endommagées, souvent surpeuplées et exposées à l’humidité. Dans ces conditions, l’accès à des installations sanitaires adéquates est devenu limité, augmentant les risques de maladies, notamment hydriques et cutanées.
Dans certaines zones, l’absence d’eau traitée et les difficultés d’accès aux produits d’hygiène ont encore aggravé la situation, en particulier pour les femmes et les adolescentes. Le maintien de conditions d’hygiène minimales s’est ainsi imposé comme un enjeu essentiel pour préserver la santé et la dignité des populations affectées.
En réponse, le projet a permis la distribution de 300 kits d’hygiène à des femmes et adolescentes vivant dans les zones les plus touchées, notamment dans des contextes de déplacement ou de forte vulnérabilité.
Ces kits, comprenant des articles essentiels de soins personnels et d’hygiène menstruelle, ont contribué à réduire les risques sanitaires et à maintenir des conditions de vie plus dignes dans un environnement marqué par la précarité.
- Assistance financière : soutenir l’autonomie des ménages
Dans un contexte où de nombreux ménages avaient perdu leurs sources de revenus, leurs biens productifs ou leurs stocks commerciaux, l’aide en nature ne suffisait pas à couvrir les besoins. Les pertes de bétail, de récoltes, de marchandises ou d’équipements de pêche ont fortement réduit la capacité des familles à faire face aux dépenses essentielles.

Le projet a mis en place un mécanisme de transferts monétaires ciblant les ménages les plus vulnérables pour aborder ce besoin.
Au total, 150 ménages ont bénéficié d’une assistance financière directe de 12 000 HTG chacun. Les bénéficiaires ont été identifiés à travers un processus structuré en coordination avec les autorités locales de Port-Salut. Les critères de sélection incluaient notamment les ménages dirigés par des femmes, les familles avec enfants en bas âge, les personnes âgées, les personnes en situation de handicap, ainsi que les ménages déplacés ou ayant subi des pertes majeures.
Cette approche a permis aux bénéficiaires de prioriser leurs dépenses en fonction de leurs besoins réels, qu’il s’agisse de se procurer de la nourriture, de couvrir des frais de santé, de soutenir la scolarisation des enfants ou d’engager de petites réparations. Pour certains ménages, ce soutien a constitué un levier essentiel pour faire face à des dépenses urgentes dans un contexte de forte contrainte.
En offrant cette flexibilité, l’assistance monétaire a contribué à renforcer la capacité d’adaptation des ménages et à préserver leur dignité, en leur permettant de faire des choix en fonction de leurs priorités.
- Sensibilisation et préparation : renforcer la résilience locale
En complément de l’assistance d’urgence, le projet a intégré des activités de sensibilisation à la réduction des risques de catastrophes et à l’adaptation au changement climatique. Dans des zones particulièrement exposées, ces actions visaient à renforcer les capacités des communautés à anticiper et à réagir face aux aléas.
Pas moins de 3 000 personnes ont été atteintes à travers des campagnes mobiles, des séances communautaires et des actions de proximité. Les messages ont été accompagnés de supports visuels adaptés et de scripts courts relayés par mégaphone, permettant de toucher efficacement des populations, y compris dans des zones difficilement accessibles.
Les supports portaient sur les principaux risques identifiés dans les zones d’intervention, cyclones, inondations, glissements de terrain, séismes et submersions marines, ainsi que sur les comportements à adopter avant, pendant et après un événement. Cette approche a permis de transmettre des consignes simples, pratiques et immédiatement applicables par les ménages.
Dans un contexte marqué par la récurrence des chocs et la vulnérabilité des populations, ces activités contribuent à renforcer progressivement la capacité des communautés à se préparer, à limiter les risques et à protéger leurs moyens de subsistance.
Les visages du relèvement : entre pertes immédiates et reprise progressive
Au-delà des résultats opérationnels, la réponse d’urgence a accompagné des ménages confrontés à une rupture brutale de leurs conditions de vie. Les témoignages recueillis dans les zones d’intervention mettent en évidence l’ampleur des pertes, mais aussi les effets concrets de l’assistance sur la stabilisation progressive des conditions de vie.
Dans les zones côtières de Port-Salut, Edèle Laurore, bénéficiaire affectée par le passage de l’ouragan, décrit une situation de perte immédiate. Elle évoque la disparition de ses animaux, la destruction partielle de son habitation et le déplacement de sa famille vers un abri :
« Ouragan Melissa a… li pa touye pitit mwen, li pa touye marim, men li fèm anpil tò. »
(L’ouragan n’a pas tué mes enfants ni mon mari, mais il nous a fait beaucoup de mal.)

Privée de ressources, elle témoigne des difficultés à nourrir sa famille dans les jours suivants :
« Nou pa t gen anyen ditou… nou t ap chèche yon ti bannann pou sove lavi timoun yo. »
(Nous n’avions rien du tout… nous cherchions quelques bananes pour sauver la vie des enfants.)
Après avoir reçu l’assistance, elle exprime clairement l’impact de l’aide sur la survie de son ménage :
« Nou vin sove lavi m, lavi pitit mwen, lavi marim. »
(Cela a sauvé ma vie, celle de mes enfants et celle de mon mari.)
Dans les zones rurales de Port-Salut, les pertes agricoles ont eu des effets immédiats et durables. Joseph Pierre, agriculteur, explique avoir perdu la quasi-totalité de ses cultures, notamment le maïs et les pois :
« Tout sa m te genyen pou m viv, tout pèdi. »
(Tout ce que j’avais pour vivre est perdu.)
Dans ce contexte, l’accès à des ressources, même limitées, devient essentiel pour faire face au quotidien. L’assistance reçue est perçue comme un appui concret dans une période où les alternatives restent très réduites.
Pour d’autres ménages, la crise s’est traduite par une incapacité à faire face à des dépenses prioritaires. Raymond Jean René, père de famille, explique n’avoir pas pu assurer la scolarisation de ses enfants :
« Menm kòb fèy egzamen, m pa t ka peye. »
(Je ne pouvais même pas payer les frais d’examen.)
Suite à l’appui reçu, il souligne l’effet direct de cette aide sur sa capacité à répondre à ces besoins :
« Bon, ASB fè m peye l… m di Bondye mèsi, e m di nou mèsi tou. »
(Grâce à ASB, j’ai pu payer… je remercie Dieu et je vous remercie aussi.)
Pris ensemble, ces témoignages illustrent une même dynamique : l’ouragan Melissa a entraîné une rupture immédiate des moyens de subsistance, plongeant les ménages dans une situation de survie. L’assistance apportée a permis de répondre aux besoins essentiels et de stabiliser les conditions de vie dans l’immédiat d’une partie de la population touchée. Toutefois, la reprise des activités économiques et le retour à des conditions de vie durables restent progressifs et dépendants de facteurs structurels tels que l’accès aux ressources, aux infrastructures et aux opportunités locales.
Conclusion : une réponse adaptée face à une vulnérabilité persistante
Au terme de cette intervention, des résultats concrets ont été obtenus dans un contexte marqué par une dégradation rapide des conditions de vie suite au passage de l’ouragan Melissa. L’accès à l’eau potable, à l’assistance alimentaire, à des kits d’hygiène et à un appui financier a permis de répondre aux besoins essentiels de centaines de personnes affectées dans les localités cibles du projet. Parallèlement, les activités de sensibilisation ont contribué à renforcer les capacités des communautés à mieux comprendre et anticiper les risques.
Les perspectives à venir s’articulent autour de priorités opérationnelles claires :
- Soutenir la reconstitution progressive des moyens de subsistance, à travers des approches combinant appui financier, relance économique et accompagnement ciblé des ménages vulnérables.
- Renforcer durablement l’accès à l’eau potable et aux services essentiels, en appuyant la réhabilitation des infrastructures locales et les capacités communautaires.
- Consolider les actions de sensibilisation en les inscrivant dans des dispositifs locaux de préparation aux risques, afin d’en assurer la continuité au-delà de l’urgence.
- Améliorer l’articulation entre réponse d’urgence et relèvement, à travers des interventions progressives adaptées aux réalités du terrain.
Trois enseignements transversaux se dégagent de cette intervention :
- L’importance d’une réponse rapide et flexible, capable de s’adapter à l’évolution des besoins.
- La pertinence des approches multisectorielles pour répondre aux besoins vitaux et limiter les risques secondaires.
- Le rôle central des mécanismes locaux, tant dans le ciblage que dans la mise en œuvre des actions.
En définitive, cette intervention a permis de stabiliser les conditions de vie dans les phases les plus critiques, tout en posant les bases d’un relèvement progressif. Toutefois, les défis restent importants et la consolidation des acquis dépendra de la poursuite d’actions adaptées, ancrées dans les réalités locales et orientées vers la reconstruction durable des moyens de subsistance.