À Port-Salut, dans le département du Sud, Viaud Wanna continue chaque jour de lutter pour maintenir son foyer à flot grâce à de petites activités commerciales. Mère de trois enfants, elle fait partie de ces nombreuses femmes qui dépendent du commerce informel et des mécanismes communautaires de solidarité pour faire vivre leur famille dans un contexte économique devenu particulièrement difficile.
Comme beaucoup de femmes de sa communauté, elle participe à une mutuelle organisée au sein d’un groupement local féminin. Ces systèmes communautaires permettent aux femmes de s’accorder de petits prêts afin de lancer ou maintenir de modestes activités génératrices de revenus.
« Se manman w ye, ou pa ka rete chita san fè anyen. Nou gen ti gwoup nou ki òganize mityèl. Ak mityèl sa, nou prete kòb pou fè komès pou fè fwaye a viv. »
(Quand on est mère, on ne peut pas rester sans rien faire. Nous avons nos petits groupes organisés en mutuelles. Grâce à cela, nous empruntons de l’argent pour faire du commerce et faire vivre le foyer.)
Mais malgré ces mécanismes de solidarité, les revenus restent extrêmement fragiles. Les bénéfices générés par les petites activités commerciales suffisent rarement à couvrir les besoins du ménage ou à reconstituer le capital nécessaire pour continuer à travailler durablement.
Une économie déjà fragile aggravée par la crise
Après le passage de l’ouragan Melissa, les difficultés économiques se sont encore accentuées. Entre la baisse du pouvoir d’achat, les pertes subies par les familles et les difficultés d’approvisionnement, les petites commerçantes comme Viaud ont vu leurs activités ralentir fortement.
« Ou gendwa prete kòb la pou w achte, men lè pou re-achte ankò ou gendwa pa jwenn kòb la. Paske anpil sa w bezwen yo, se ladan l yo soti. »
(Vous pouvez emprunter de l’argent pour acheter des marchandises, mais quand vient le moment de réacheter, vous n’avez plus l’argent. Parce que beaucoup de besoins du foyer sont couverts avec ce même argent.)
Elle explique que les femmes doivent constamment arbitrer entre les dépenses familiales immédiates et la survie de leurs activités économiques.
« Lè w fin retire ladan l pou bezwen kay la, ou pa jwenn pou mete ankò. »
(Quand vous utilisez cet argent pour les besoins de la maison, vous ne trouvez plus de quoi réinvestir.)
Dans ce contexte, les capacités d’adaptation des ménages sont devenues encore plus limitées après la catastrophe.
Une assistance reçue dans une période critique
Dans le cadre du projet de réponse d’urgence mis en œuvre par ASB dans les départements du Sud et de la Grand’Anse, Viaud Wanna a bénéficié d’une assistance financière et d’un kit alimentaire destinés aux ménages affectés par l’ouragan Melissa.
Le projet combinait plusieurs formes d’assistance, notamment des distributions de kits alimentaires et hygiéniques, des transferts monétaires, des activités de traitement d’eau et des actions de sensibilisation communautaire.
Pour Viaud, cette aide est arrivée à un moment particulièrement important, alors qu’elle cherchait des moyens de maintenir ses activités économiques pendant la période des fêtes de Pâques.
« Lè kach la rive a, se pandan nou t ap panse pou fèt la. Mwayen an potko ka kore sa nou bezwen pou nou al bwase lari a. »
(L’aide financière est arrivée au moment où nous cherchions comment nous organiser pour les fêtes. Nous n’avions pas encore les moyens nécessaires pour reprendre nos activités.)
Elle explique que cette assistance a permis d’apporter un soulagement immédiat au ménage et de soutenir temporairement ses activités commerciales.
« Lè kach la vin vini, li te kore yon ti bwa dèyè bannann nan. »
(Quand l’argent est arrivé, il est venu renforcer un peu notre situation.)
L’assistance alimentaire a également permis de réduire momentanément certaines dépenses du foyer dans une période où les ressources étaient très limitées.
« Nou pa ka di li piti paske nou pa t genyen anyen. »
(Nous ne pouvons pas dire que c’était peu, parce que nous n’avions rien.)
Renforcer les organisations de femmes pour soutenir le relèvement
Au-delà de l’assistance immédiate, le témoignage de Viaud Wanna met en lumière le rôle central des organisations communautaires féminines dans les mécanismes locaux de résilience économique.
Selon elle, ces structures jouent déjà un rôle essentiel dans le soutien aux femmes commerçantes, mais elles manquent elles-mêmes de moyens pour accompagner durablement leurs membres.
« Gen anpil ti machann nan lari a se òganizasyon ki mete yo deyò. Si yo te jwenn ranfòsman, sa t ap ede manman yo plis. »
(Beaucoup de petites commerçantes dans les rues sont soutenues par des organisations. Si ces organisations recevaient davantage de renforcement, cela aiderait encore plus les mères.)
Elle plaide notamment pour un appui renforcé aux systèmes de mutuelles communautaires qui permettent aux femmes de maintenir une certaine activité économique malgré les crises.
« Si yo ta ranfòse òganizasyon sa yo, ranfòse mityèl ki anndan yo, paske se a lèd yo nou rive fonksyone, li t ap mye. »
(Si ces organisations et leurs mutuelles étaient renforcées, cela améliorerait beaucoup notre situation, car c’est grâce à elles que nous arrivons à fonctionner.)
À travers le parcours de Viaud Wanna, cette intervention illustre l’importance des mécanismes communautaires de solidarité dans les stratégies de survie des ménages vulnérables en Haïti. Son témoignage rappelle également que, au-delà de l’assistance d’urgence, le relèvement durable des communautés passe aussi par le renforcement progressif des structures locales qui soutiennent déjà les populations au quotidien.