Jean Jeff Guerrier, un cabri pour lancer son rêve d’élevage

À Camp-Perrin, dans le département du Sud, Jean Jeff Guerrier, plus connu sous le nom de « Jeff Peyizan » sur les réseaux, élève aujourd’hui un cabri reçu dans le cadre du projet de sécurité alimentaire, moyens de subsistance et accès à l’eau mis en œuvre par ASB, qui distribue une chèvre reproductrice à 150 jeunes de Camp-Perrin et de Jérémie. Ce cabri est arrivé après un parcours marqué par l’insécurité.

Formé en mécanique à l’école Centre Pilotte en 2019, il travaillait déjà sur son métier à Port-au-Prince quand l’insécurité l’a contraint à rentrer dans sa ville natale, en 2022. De retour à Camp-Perrin, sans activité stable, il s’est d’abord tourné seul vers l’agriculture, avec un capital de départ resté gravé dans sa mémoire.

Bon chans pou mwen te gen yon kouzin mwen ki te fè m kado 20 dola Ameriken. Se avèk 20 dola Ameriken sa… mwen te deside antre nan agrikilti.

 

(J’ai eu la chance qu’une cousine me fasse cadeau de 20 dollars américains. C’est avec ces 20 dollars que j’ai décidé de me lancer dans l’agriculture.)

 

Avec cette somme, il achète une livre de poireaux et se lance, seul, dans la culture et la vente. Aujourd’hui, il poursuit aussi des études d’agronomie.

Le projet vient combler ce que 20 dollars ne pouvaient pas financer

Financer sa scolarité restait cependant un combat permanent. Un autre projet lui tenait à cœur : se lancer dans l’élevage de cabris, un rêve qu’il n’avait pas encore les moyens de réaliser.

Avant même de raconter la suite, il tient à le dire : merci à ASB. C’est là que le projet est intervenu.

Men lèm te vin rankontre avèk ASB ki te fè m kado kabrit sa. Jan mwen te di la avan, si avèk 20 dola Ameriken mwen fè tout bagay sa, kounye a sim gon kabrit, mwen ka gon pakèt bagay avèk kabrit la.

 

(Et puis j’ai rencontré ASB, qui m’a fait cadeau de ce cabri. Comme je le disais, si j’ai pu faire tout cela avec 20 dollars, maintenant que j’ai un cabri, je peux faire encore beaucoup plus.)

 

[IMAGE : jeff_portrait_web1500.jpg — alt : Jean Jeff Guerrier debout à côté de son cabri, devant les bannières d'ASB, à Camp-Perrin.]
Jean Jeff Guerrier debout à côté de son cabri, devant les bannières d’ASB, à Camp-Perrin.

Une formation mise en pratique, un avenir qui se compte en chevreaux

Le cabri, il le suit de près : chaque jour, matin et après-midi, il le déplace pour le protéger du soleil, et lui trouve de l’ombre sous les arbres quand la chaleur devient trop forte. Sans la formation reçue, reconnaît-il, il aurait pu le laisser trop longtemps sous la pluie ou en plein soleil.

Et le lien qu’il a développé avec l’animal dépasse le simple calcul économique.

Mwen konsidere kabrit la, kòm ta di w, tankou se yon pitit.

(Je considère ce cabri, comment dire, comme un enfant.)

Jean Jeff Guerrier voit déjà plus loin, et fait ses calculs : si chaque année une chèvre a deux portées, il pourrait en avoir cinq en un an, et jusqu’à neuf en deux ans.

M ap jerel, mwen ret kwè rèv la ap reyalize.

(Je gère cela, et je continue de croire que ce rêve va se réaliser.)

Il le dit sans détour : pour lui, ce cabri n’est qu’un début. Beaucoup de jeunes de la région ont la même volonté, mais pas les moyens ; il espère que l’organisation pourra continuer, et augmenter son soutien si elle en a les moyens.

À travers le parcours de Jean Jeff Guerrier, cette intervention illustre comment un actif productif modeste, une seule chèvre, peut s’inscrire dans une trajectoire personnelle déjà engagée, ici celle d’un jeune retourné de force à la campagne et déterminé à devenir agronome. Son témoignage rappelle aussi la demande, plus large, des jeunes ruraux pour un accompagnement économique qui dépasse le seul temps du projet.

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