Joubert Garçon, un jardin à portée de main à Jérémie

À Jérémie, Joubert Garçon vit avec sa femme et leurs deux enfants (12 et 7 ans). Comme beaucoup de pères de sa communauté, il nourrit sa famille à force de jardinage. Parler de ce projet qui est entré dans la vie de son foyer est, dit-il lui-même, un privilège.

Mais avant le projet de sécurité alimentaire, moyens de subsistance et accès à l’eau mis en œuvre par ASB à Camp-Perrin et Jérémie, la moindre nécessité imposait de longs déplacements.

Oparavan, mwen te gendwa pa egzanp bezwen yon fèy pou m fè yon te pandan lannwit, se te byen lwen pou m al pran l… Men apre pwojè a ki vin montre m kòman pou m fè jaden lakou avèk tout bagay la, kounye a mwen pa bezwen ale byen lwen ankò pou m al pran l, mwen kapab rantre nan jaden lakou sa pou m pran l.

(Avant, j’avais parfois besoin d’une feuille pour un thé la nuit, et c’était très loin pour l’aller chercher… Depuis le projet, je n’ai plus besoin d’aller si loin : je trouve tout dans mon jardin de cour.)

Joubert Garçon, dans son jardin garde-manger.
Joubert Garçon raconte son parcours, dans son jardin de cour à Jérémie.

Des outils et une formation pour changer de méthode

Ce basculement, il le doit d’abord aux semences reçues dans le cadre de ce projet : il énumère avec précision l’igname, les pois, et bien d’autres choses encore. Le projet lui a aussi donné des outils qu’il n’avait pas, un soutien qui, dit-il, profite autant à sa famille qu’à la société tout autour de lui.

Parmi ces outils justement, un souvenir précis reste gravé dans sa mémoire.

E yo ban m pikwa ki vreman itil mwen pou m travay plis… E yo ban m machèt tou ki vreman itil mwen. Machèt yo ban mwen an, mwen t bezwen achte yon manchèt konsa: yo di se 300 dola pou m achte l, men pou le moman m pa t ko gen 300 dola a pou m achte l, men sa te vin fè m plezi pandan se tan m devin jwenn li gratis.

(Ils m’ont donné une pioche, très utile pour travailler plus… et une machette, très utile aussi. Cette machette coûtait 300 dollars, je n’avais pas cette somme : je l’ai reçue gratuitement, et ça m’a fait plaisir.)

Au-delà de ce matériel, le projet lui a aussi transmis une formation technique qui l’a marqué : un formateur venu sur le terrain lui a appris une méthode simple pour donner une seconde chance aux graines de pois-terre qui peinaient à lever, en les trempant dans l’eau avant de les replanter dès le lendemain matin.

De cette même formation, un autre réflexe, plus simple, est resté.

Jaden pa mwen an, li pwoteje paske li gen pye bwa, li pwoteje lombray, e sa vle di li pwoteje ni solèy la, ni lapli a.

(Mon jardin est protégé parce qu’il a des arbres, il est protégé sous leur ombre, ce qui veut dire qu’il est protégé aussi bien du soleil que de la pluie.)

Des récoltes qui nourrissent, un savoir qui se partage

Semences, outils et formation se traduisent aujourd’hui par des récoltes bien réelles : maïs, ignames, pois et piments poussent désormais dans sa cour.

Piments mûrissant sur un plant dans le jardin de Joubert Garçon, à Jérémie.
Piments mûrissant sur un plant dans le jardin de Joubert Garçon, à Jérémie.

Yo te ba mwen mayi an premye lye, mwen panse pou le moman kounye a, si m vle rekòlte pa egzanp, malgre yo poko sèch, pou pou l manje, men mwen menm si pitit mwen oswa madanm mwen, oswa mwen mèm, mta grangou, m kapab vin la a, m kase de mayi mal boukannen, e pi mwen viv.

(Ils m’ont d’abord donné du maïs. Aujourd’hui, si j’ai faim, moi, ma femme ou mes enfants, on peut casser et griller du maïs même pas encore sec, et ainsi je vis.)

Ces récoltes restent pourtant fragiles : un défi résiste, la sécheresse. Il le sait bien : avec de quoi arroser, peu importerait la force du soleil, ses cultures avanceraient.

Malgré ce manque d’arrosoir, sa réussite ne passe pas inaperçue dans le voisinage.

Le moun yo apwoche m kote, pa egzanp, m fè piman sa, lè m ap eksplike yo… piman sa banm anpil anpil anpil rekòt e m benefisye anpil ladanl tou.

(Les gens viennent me voir pour savoir comment je cultive ce piment ; en leur expliquant, je vois que ce piment me donne d’énormes récoltes, dont je profite bien.)

Fort de cette reconnaissance, il se dit satisfait de ce que le projet lui a apporté, et souhaite qu’il ne s’arrête jamais, pour continuer d’avancer avec sa communauté.

À travers le parcours de Joubert Garçon, cette intervention montre comment semences, outils et formation, les trois volets d’un même accompagnement, peuvent transformer le quotidien d’une famille et réduire sa dépendance au marché. L’eau reste le principal obstacle à lever pour que ces jardins donnent leur pleine mesure.

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